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    Chirurgie de l’obésité
    Le docteur Richard Abittan est chirurgien digestif endocrinien et vasculaire spécialisé en chirurgie de l’obésité.
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    Le Dr David Cohen est spécialiste en Traumatologie Orthopédique. Il exerce son art en pratique privée à Casablanca au Maroc.
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    Chirurgie esthetique
    Médecin conseil de Clinicaccess et prendra en charge toute les intervention de chirurgie esthetique liées au visage et au cou
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    Chirurgien Vasculaire
    Le dr Lasry est chirurgien vasculaire et spécialiste des maladies veineuses
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    DIRECTEUR ET EMBRYOLOGUE
    Le directeur Enrique Criado du centre de reproduction in vitro FIV Marbella

La chirurgie gastrique, opération de la dernière chance

Pour les personnes obèses, la chirurgie gastrique demeure le seul espoir de regagner le contrôle de leur poids et de leur santé. Avec des aspects psychologiques non négligeables. A Lausanne, une consultation spécialisée les écoute et les informe

«J’ai perdu cinquante kilos». Cheveux auburn coupés court, habillée de vêtements qui dissimulent habilement les courbures de son corps, Lisa (tous les prénoms ont été modifiés) fait passer dans la salle une photo d’elle prise il y a un peu plus de deux ans. Entre la personne sur la photo et celle qui prend la parole ce matin à la consultation spécialisée de prévention et traitement de l’obésité du CHUV, il n’y a plus grand-chose en commun. Le cliché fait son petit effet auprès des dix participants – un seul homme est présent – venus assister à la «séance d’information préopératoire», première étape du long parcours préalable à toute chirurgie bariatrique (liée à l'obésité). La plus pratiquée est le bypass gastrique, qui réduit drastiquement le volume de l’estomac.
Patiente-témoin

Lisa est ce qu’on appelle une «patiente-témoin» venue clore ce cycle de trois réunions en témoignant de son expérience personnelle. Ex-obèse, elle a reçu un bypass gastrique en août 2014, ce qui a provoqué cette spectaculaire perte de poids. Cherchant les mots justes, elle raconte avec calme le lent et douloureux apprentissage de la vie avec un minuscule estomac. Ses moments de fatigue, de faiblesse, les efforts surhumains auxquels elle a dû consentir pour faire les choses les plus élémentaires de la vie quotidienne… Sans oublier le choc psychologique de vivre dans un nouveau corps. «Je commence à peine à m’habituer à mon nouveau visage.»

Pour les médecins, ces séances sont d’une importance cruciale pour les candidats à l’opération. D’abord parce qu’elles se déroulent dans cette consultation spécialisée du centre de Lausanne, qui réunit en un même endroit médecins, infirmières, nutritionnistes et psychologues. Loin de l’hôpital, pour rassurer les patients, et dans une infrastructure adaptée, où rien n’est laissé au hasard. Les chaises sont ainsi conçues pour résister aux poids extrêmes. «Il est essentiel de disposer de locaux et de matériel adapté à nos patients pour qu’ils soient à l’aise et se sentent en confiance», lance la responsable de l’unité Lucie Favre.
Deux profils types

La séance commence par un inévitable tour de table. Au moment de chiffrer leurs objectifs de perte de poids, les réponses évoquées donnent le tournis. Trente-cinq, 45, voire 60 kilos… Les chiffres ont du mal à sortir. «Ma fille me demande pourquoi je ne suis pas comme les autres mamans», soupire Anne. «Mon dernier régime m’a fait perdre 20 kilos, mais j’en ai repris 45, souffle Adrien. J’ai des problèmes de dos, de genoux, j’ai mal, alors que je n’ai que 21 ans…»

Les connaissances des candidats, qui se sont tous plus ou moins renseignés sur internet ou auprès de proches, sont très variables. Virginie avoue timorée qu’elle «ne sait pas ce que c’est que cette opération». Elle contraste singulièrement avec sa voisine Hélène qui prévient d’emblée que «rien ne [la] fera changer d’avis», et que sa participation à ces séances sert juste à vérifier qu’il n’y ait «pas de restriction particulière» quant à son projet.

Souvent, ces patients ne savent pas très bien ce qui les attend après une telle opération.

«On rencontre souvent ces deux profils-types, commente en aparté Lucie Favre lors de la pause. Aux uns comme aux autres, nous essayons de donner les informations les plus complètes car souvent ces patients ne savent pas très bien ce qui les attend après une telle opération.» Traitements à vie pour compenser les carences en vitamines, effets secondaires désagréables voire dangereux, acceptation d’un nouveau corps… «L’opération n’a rien d’un coup de baguette magique», confirme la responsable. Mais elle reste le seul moyen de perdre une grande quantité de poids à long terme, les régimes n’ayant qu’un effet à court terme dans 95% des cas.»

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Fin de la pause, après un petit verre d’eau, tout le monde reprend sa place. La diabétologue sort une petite maquette en plastique d’un estomac et décrit en détail l’opération. Il y a principalement trois types de chirurgies bariatriques. L’anneau gastrique, qui serre l’estomac pour diminuer son volume et donc accélérer le sentiment de satiété, n’est plus utilisé en Suisse depuis 2005. Deuxième opération, la sleeve condamne avec des agrafes une grande partie de l’estomac, laissant libre un tube étroit. La chirurgie la plus fréquemment sélectionnée au CHUV est le bypass gastrique, explique Lucie Favre à l’aide de son modèle réduit. Il consiste en une dérivation, un pont créé entre le haut de l’estomac et la partie moyenne de l’intestin grêle. De fait, le volume de l’estomac subit une réduction spectaculaire, passant à environ 15 à 20 millilitres, soit une réduction par un facteur 100 par rapport à un estomac «normal»!
Une opération qui rétrécit l’estomac, pas les envies

La nutritionniste Carine Siegrist prend la relève pour expliquer cette transformation. Elle distribue un gobelet en plastique à chacun et demande d’y verser ce qu’ils estiment correspondre à 15 mL d’eau. Les patients sont perplexes. Tout le monde dépasse allègrement le volume attendu. «Quinze millilitres, c’est l’équivalent d’un petit godet de crème pour le café, ou de deux cuillères à soupe», explique Carine Siegrist. Dans la petite salle, c’est la stupeur et l’incompréhension. «C’est encore moins qu’un verre d’eau. Comment c’est possible?» demande Hélène. «Vous pourrez toujours boire la même quantité, mais cela prendra beaucoup, beaucoup plus de temps», répond la nutritionniste.

La démonstration a pour but de faire prendre conscience aux candidats les limites de l’opération, qui n’a aucun impact sur les envies alimentaires. «Avec un si petit estomac vous ne pourrez plus avaler une plaque de chocolat en quelques minutes, mais vous pourrez quand même la terminer en une heure ou deux, ce qui revient au même! Si vous échouez à modifier votre comportement alimentaire, alors vous n’aurez plus aucune possibilité d’intervention chirurgicale. C’est l’opération de la dernière chance», assène la diabétologue dans un silence de mort.
Esclaves des habitudes alimentaires

La gêne est compréhensible. Tous autour de cette table sont esclaves de leurs habitudes alimentaires, porte d’entrée dans l’obésité. Il y a ceux qui grignotent toute la journée, souvent en cachette, ceux qui mangent des quantités gargantuesques, tel ce patient qui avoue avoir mangé plusieurs kilos de viande en un week-end. Il y a aussi ceux qui perdent toute rationalité en présence de nourriture. «Je mangeais systématiquement devant la télévision, se souvient Mathilde, opérée en 2012. Lorsque je me rendais à un buffet, je me plantais devant et je n’en bougeais plus, en avalant bouchée sur bouchée, parfois sans même les mastiquer.»

Si l’obésité se joue dans la tête, l’environnement a aussi une importante part de responsabilité. Plusieurs patientes d’origine étrangère ont indiqué avoir pris énormément de poids en posant leurs valises en Suisse. «Nous vivons dans un environnement «obésogène"», regrette Lucie Favre.

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Un constat qui va dans le sens des dernières études sur le sujet et qui pointe l’augmentation incontrôlée de la disponibilité alimentaire, surtout dans les pays occidentaux, comme l’un des facteurs clés de l’obésité.
Déménagement de corps

L’aspect psychologique est enfin abordé. «Le bypass entraîne un «déménagement de corps" qui génère de l’anxiété», explique la psychologue Isabelle Rieben. Nombre de patients opérés se plaignent ainsi d’avoir l’impression d’être suivis en permanence. D’autres espèrent par ailleurs trouver l’âme sœur une fois opérés. En cas d’échec, la déception est parfois de taille. «Il ne faut pas confondre les objectifs personnels avec les objectifs du bypass, prévient Isabelle Rieben Nous essayons de clarifier leurs attentes».

Information prise, certains jettent l’éponge. «Je suis trop jeune, c’est trop de contraintes», soupire Adrien. La plupart ne semblent toutefois pas renoncer. Mais leur parcours est encore long, de 12 à 24 mois les séparent du jour J. Seule une partie parviendra jusqu’au bloc opératoire. «Les résultats sur le plan pondéral ne dépendent finalement que de leur volonté de changer leur comportement alimentaire, résume Lucie Favre. Nous cherchons à leur donner les moyens d’y parvenir.» A côté de ceux qui abandonnent, les promesses d’une vie meilleure motivent les autres. «A aucun instant je n’ai regretté mon choix», conclut la patiente-témoin Lisa.

Source:https://www.letemps.ch/sciences/2016/07/01/chirurgie-gastrique-operation-derniere-chance

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